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Faire monter son équipe

AI Act et formation à l'IA : ce qui est vraiment obligatoire

Oui, une obligation de formation à l'IA existe bien depuis le 2 février 2025 dans l'AI Act européen — mais elle vient d'être assouplie le 24 juillet 2026, elle n'est assortie d'aucune amende spécifique, et aucun format n'est imposé. Voilà la réponse courte. La suite est plus utile : ce que dit vraiment le texte, ce qui a changé, et surtout pourquoi former son équipe reste une bonne idée même sans contrainte légale forte.

Chez Blyx, cabinet d'experts IA et développement pour les TPE et PME, on nous pose cette question presque à chaque appel : « on est obligés de former nos salariés à l'IA ou pas ? ». Beaucoup de dirigeants ont vu passer le chiffre de 35 millions d'euros d'amende et pensent qu'un contrôleur va sonner à leur porte le mois prochain. Ce n'est pas le cas. On propose trois choses aux entreprises : un Audit IA pour cartographier où l'IA crée réellement de la valeur chez vous, des Solutions sur mesure pour automatiser ce qui mérite de l'être, et une Formation sur place, sur vos cas réels, pour que vos équipes utilisent ces outils sans se faire piéger. Cet article traite du dernier point, sous l'angle réglementaire — puis sous l'angle, plus important, de l'intérêt économique.

Qu'est-ce que l'obligation de littératie IA dans l'AI Act

L'article 4 du règlement européen 2024/1689 (l'« AI Act ») impose depuis le 2 février 2025 aux entreprises qui utilisent l'IA de veiller à un niveau suffisant de maîtrise de ces outils par leur personnel. Cette obligation s'appelle la « littératie IA » (« AI literacy » dans le texte original).

Point important, souvent mal compris : elle ne concerne pas que les éditeurs de logiciels d'IA. Elle vise aussi les « déployeurs » — c'est-à-dire toute entreprise qui utilise un outil d'IA dans son activité professionnelle. Et il n'y a aucun seuil d'effectif. Une entreprise d'une seule personne qui utilise ChatGPT pour rédiger ses devis est, sur le papier, aussi concernée qu'un grand groupe. Notre article sur l'AI Act et les PME en 2026 détaille l'ensemble des obligations qui touchent les petites structures, pas seulement celle-ci.

Cette obligation vient-elle de changer

Oui, et c'est la nouveauté du moment : un texte modificatif, le « Digital Omnibus » (règlement UE 2026/1744), a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026 et entre en vigueur le 27 juillet 2026. Il touche directement l'article 4.

Le changement est précis. Avant, le texte demandait aux entreprises de « garantir un niveau suffisant » de maîtrise de l'IA — une formulation qui pouvait laisser penser à une obligation de résultat, mesurable personne par personne. Après le 27 juillet 2026, l'obligation devient une obligation de « soutenir le développement » de cette maîtrise, sans obligation de résultat sur un individu donné. C'est un allègement net, voulu par le législateur européen lui-même, dans un contexte où plusieurs volets de l'AI Act sont révisés pour rester praticables par les petites structures.

Avant le 27 juillet 2026Après le 27 juillet 2026
Obligation de « garantir un niveau suffisant » de maîtrise de l'IAObligation de « soutenir le développement » de cette maîtrise
Formulation lue comme une obligation de résultatExplicitement sans obligation de résultat sur une personne donnée
Aucune précision sur le formatToujours aucune précision sur le format
Aucune amende spécifique prévueToujours aucune amende spécifique prévue

Risque-t-on une amende si on ne forme pas ses équipes

C'est la peur qui circule le plus, et elle est largement exagérée pour ce point précis. Les montants qu'on voit partout — jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial — concernent les pratiques interdites de l'AI Act (article 5 : notation sociale, manipulation comportementale, certains usages de la reconnaissance faciale). Ils ne s'appliquent pas à l'article 4 sur la littératie IA.

Il n'existe, au 24 juillet 2026, aucune amende spécifique attachée à l'obligation de formation. Un manquement relève du régime de sanctions national, laissé à la main de chaque État membre : avertissements, mesures correctives, sans plafond chiffré fixé au niveau européen. La France n'a pas publié de barème propre à ce jour. Pour une TPE ou une PME, le risque de sanction concret sur ce seul point est aujourd'hui faible et mal défini — ce n'est ni une raison de l'ignorer, ni une raison d'en avoir peur.

Autre confusion fréquente : la date du 2 août 2026 circule beaucoup. Elle ne marque pas l'entrée en vigueur de nouvelles sanctions — le cadre des sanctions existe déjà depuis le 2 août 2025. Le 2 août 2026 est la date à partir de laquelle les autorités nationales commencent concrètement à superviser le terrain, et où les obligations de transparence (informer qu'on échange avec une IA) s'appliquent pleinement. Et le report très commenté, parfois jusqu'à fin 2027 voire 2028, ne concerne que les systèmes d'IA dits « à haut risque » (recrutement automatisé, scoring de crédit, biométrie) — pas la littératie IA générale, qui s'applique depuis 2025.

En France, ce n'est pas la CNIL seule qui surveille l'application de l'AI Act : la DGCCRF coordonne le dispositif, avec la CNIL, l'Arcom et l'ACPR compétentes chacune sur un périmètre précis.

Faut-il un format précis ou une certification pour être en règle

Non. La loi n'impose ni format (présentiel ou à distance), ni certification, ni durée minimale. La FAQ officielle de la Commission européenne le confirme : c'est aux entreprises de choisir la manière dont elles font monter leurs équipes en compétence, tant que la démarche existe.

Concrètement, cela veut dire :

  • Pas besoin d'un module e-learning avec quiz final.
  • Pas besoin d'un organisme labellisé pour être « conforme ».
  • Une trace interne simple (qui a été formé, sur quoi, quand) suffit à documenter la démarche.
  • Le contenu compte plus que la forme : des équipes qui savent formuler une demande claire, vérifier une réponse d'IA et connaître ses limites sont mieux couvertes qu'une équipe qui a suivi une formation générique sans lien avec son métier.

C'est justement l'angle qu'on défend dans notre article sur les réflexes qui restent quand les outils changent : ce qui protège une entreprise, ce n'est pas le tampon d'un organisme, c'est la capacité réelle de l'équipe à utiliser l'outil correctement.

Pourquoi former ses équipes si le risque d'amende est faible

Parce que le risque juridique n'est pas la vraie raison de se former. La vraie raison est économique et pratique — et le règlement le dit lui-même en creux : la littératie IA doit être une priorité, indépendamment des obligations et des sanctions.

Trois raisons concrètes, sans lien avec une peur d'amende :

  1. Éviter les erreurs coûteuses. Une équipe qui ne sait pas qu'un outil d'IA peut inventer une information avec assurance prend des décisions sur des bases fausses — devis, réponses clients, contenus publiés.
  2. Protéger la confidentialité. Coller des données sensibles (contrats, coordonnées clients, chiffres internes) dans un outil grand public sans savoir ce qu'il en fait est un risque réel, bien plus concret que celui de l'article 4.
  3. Ne pas gâcher l'investissement. Une entreprise qui paie un abonnement à un outil d'IA mais dont personne ne sait vraiment l'utiliser jette de l'argent par la fenêtre.

Les chiffres publics vont dans ce sens. Selon le baromètre France Num 2025, 26 % des TPE-PME françaises utilisent l'IA, contre 13 % en 2024 — l'usage double, mais rien ne dit qu'il est maîtrisé. Selon Bpifrance Le Lab en 2025, 58 % des dirigeants jugent l'IA importante pour leur activité, mais seuls 43 % environ ont une stratégie formalisée et 32 % environ l'utilisent réellement au quotidien. L'écart entre intention et usage réel est là — et c'est exactement ce que la formation vient combler.

À l'inverse, McKinsey observe qu'une large majorité des projets d'IA en entreprise ne produisent pas d'impact financier mesurable, et une étude du MIT publiée en 2025 va dans le même sens pour les projets d'IA générative. Il faut nuancer ce dernier constat : il mesure surtout des pilotes ambitieux jamais déployés à grande échelle, pas les petites automatisations bien cadrées sur un usage précis. C'est justement la différence entre lancer un « projet IA » flou et former une équipe à un usage concret de son métier.

Comment financer une formation IA pour son équipe

Une formation professionnelle, y compris sur l'IA, peut être prise en charge par un OPCO si l'organisme qui la dispense est certifié Qualiopi — cette certification est obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour ouvrir droit aux financements mutualisés. Ce point mérite d'être vérifié au cas par cas avec votre OPCO selon votre branche et votre situation, car les règles de prise en charge varient.

Ce financement change le calcul : une formation sur place, sur les dossiers réels de l'entreprise, coûte souvent moins cher en trésorerie qu'on ne le pense une fois la part mutualisée déduite — à vérifier avec votre conseiller OPCO avant de vous décider.

Comment s'organiser concrètement pour être dans les clous

Trois étapes simples, dans l'ordre, suffisent pour une TPE ou une PME :

ÉtapeCe qu'on faitCe que ça évite
1. Repérer les usagesLister qui utilise déjà l'IA dans l'équipe, sur quoiAngles morts (usages « sauvages » non identifiés)
2. Former sur les cas réelsUne session sur vos dossiers, pas des exemples génériquesFormation oubliée dès le lendemain
3. Garder une traceNoter qui a été formé, sur quoi, quandAucune preuve en cas de contrôle

C'est cette logique qui structure notre page Formation : pas de salle de classe générique, pas de webinaire à distance, mais une session dans vos locaux, sur vos propres cas — devis, mails clients, documents internes — pour que l'équipe reparte avec des réflexes qui tiennent quand l'outil change. Notre thèse est simple : les outils évoluent vite, mais trois réflexes durent — formuler une demande claire, savoir déléguer une tâche à l'IA sans perdre le contrôle, et vérifier systématiquement ce qu'elle produit.

Ce qu'il faut retenir

  • L'obligation de littératie IA existe depuis le 2 février 2025, sans seuil d'effectif : elle concerne toute entreprise qui utilise l'IA, même une TPE d'une personne.
  • Elle a été assouplie le 24 juillet 2026 (entrée en vigueur le 27 juillet) : obligation de « soutenir » la montée en compétence, sans obligation de résultat individuel.
  • Aucune amende spécifique n'y est attachée, aucun format n'est imposé (pas de certification obligatoire) — une trace interne simple suffit.
  • La vraie raison de former son équipe n'est pas la peur d'un contrôle, mais l'intérêt économique et la réduction des risques d'usage (erreurs, confidentialité, argent gaspillé sur des outils mal maîtrisés).
  • Une formation Qualiopi peut être prise en charge par un OPCO, à vérifier au cas par cas.

Bon à savoir

Questions fréquentes

La formation à l'IA est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?

L'AI Act impose depuis février 2025 une obligation de « littératie IA » à toute entreprise qui utilise l'IA, sans seuil d'effectif. Depuis le 27 juillet 2026, c'est une obligation de soutenir la montée en compétence, pas un résultat garanti sur chaque personne.

Risque-t-on une amende de 35 millions d'euros si on ne forme pas ses équipes ?

Non. Ce montant concerne les pratiques interdites de l'AI Act (article 5), pas l'obligation de formation (article 4). Aucune amende spécifique n'est attachée à ce point ; les sanctions dépendent d'un régime national encore peu précisé en France.

Faut-il une certification pour être en conformité ?

Non, aucune certification ni format précis n'est imposé par la loi. Une trace interne simple des actions de formation (qui, quoi, quand) suffit à documenter la démarche.

Une formation IA peut-elle être financée par un OPCO ?

Oui, si l'organisme formateur est certifié Qualiopi, obligatoire depuis 2022 pour les financements mutualisés. Les règles de prise en charge varient selon la branche : à vérifier avec votre OPCO.

Pourquoi former son équipe si le risque de sanction est faible ?

Pour éviter les erreurs coûteuses, protéger la confidentialité des données et rentabiliser les outils déjà payés. C'est un intérêt économique direct, pas une contrainte réglementaire à craindre.

Le report de l'AI Act à 2027-2028 concerne-t-il la formation IA ?

Non. Ce report ne touche que les systèmes d'IA à haut risque (recrutement, scoring de crédit, biométrie). L'obligation de littératie IA générale s'applique déjà depuis février 2025.

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